Quand on rêve de gros systèmes, on rêve souvent de pièce dédiée. Et quand on rêve de pièce dédiée, il est idéal de construire sa maison autour…

C’est ce que j’ai fait lorsque j’ai fait construire ma dernière maison. La recette de base est simple :

  • Rassembler pendant des mois ou années la littérature nécessaire au projet.
  • Assimiler les contraintes et contradictions d’un tel chantier.
  • Faire participer sa compagne à la réalisation du projet (indispensable)
  • Passer à l’action en espérant avoir tout anticipé.

La difficulté dans ce genre d’entreprise, c’est de trouver quelqu’un qui saura donner les bons conseils. Les revues hifi grand public survolent généralement ce genre de dossier. Et les livres spécialisés soulèvent généralement plus de problèmes qu’ils n’apportent de solutions. Quant aux 3 acousticiens contactés, ceux ci m’ont fourni 3 avis divergents. En bref, plus on s’informe, et plus on s’aperçoit que c’est la bouteille d’encre…


J’ai donc plongé, en me fixant ces quelques grandes lignes.

  • La pièce devait être agréable à vivre. Pas question de faire un bunker.
  • Rigidification maxi des murs et du sol.
  • Volume global permettant la restitution de fréquences basses sans saturation.
  • Isolation phonique permettant l’écoute à haut niveau sans problème de voisinage.

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Cette pièce est donc assez grande (40m2), avec un bon volume (environ 140m3).

Dans le but d’éviter les ondes stationnaires, le mur arrière est incliné, c’est à dire que le mur de droite fait 7.86m et le gauche fait 8.20m. Dans la même idée, le plafond est rampant : 2.5m derrière les enceintes, le faîtage est lui à 4.40m (derrière la zone d’écoute).

Cette forme permet de plus de créer un effet « pavillon ». Les murs périphériques sont tous en constitution lourde (brique de 20cm).

Ces 4 murs sont recouverts de Calibel. Ce matériau d’isolation est composé d’une feuille de plâtre de 11mm collée sur une épaisseur de 80mm de laine de roche compressée.

Le sol est une dalle de béton renforcée, découplée de la structure de la maison, sur laquelle est collé du parquet.

Mes calculs théoriques de temps de réverbération m’ont conduit à faire exécuter d’office un traitement acoustique au plafond. Celui ci est réalisé par plaques Gyptone Quattro 41 sur plénum de 100mm amorti par 75mm de laine de roche.

Pour info, le coefficient d’absorption Alpha Sabine est le suivant :
0.51 à 125Hz ; 0.89 à 250Hz ; 0.85 à 500 Hz ; 0.67 à 1000Hz ; 0.61 à 2000Hz et 0.56 à 4000Hz.

Les 2 baies vitrées sont munies de vitrages différents pour répartir les résonances éventuelles / 5/14/5 pour l’une, 4/16/4 pour l’autre.

Deux lignes électriques indépendantes de 3 x 6mm2, et 3 x 5mm2 ont été tirées spécialement pour alimenter le système.

Quand au reste de la maison, un effort a été fait pour éviter les transmissions sonores de la rue vers l’intérieur de la maison avec des vitrages acoustiques spécifiques. Les cloisons internes ont toutes été réalisées en placostyl (feuille de plâtre 13mm / laine de verre 45mm / feuille plâtre 13mm). Ce type de séparation étant le plus efficace pour isoler les pièces entre elles.

En théorie, c’était censé marcher parfaitement dès le départ…



En pratique, j’avais 2 zones de flutter écho, des ondes stationnaires marquées à certains endroits qui me mangeaient une partie du grave, et un rendu dans le grave perfectible à cause du Calibel qui entrait en vibration…

Bref, de quoi mettre un peu en colère devant l’énergie et l’investissement consacré à tout faire.

Et puis surtout, le rendu global de mon système ne me plaisait pas. Malgré les commentaires flatteurs de ceux qui passaient à la maison, je savais que ça ne marchait pas correctement. Le résultat n’était pas selon moi, musicalement supérieur à mon ancien système (préampli Conrad PV11, ampli Conrad EV 250, Tannoy GRF) installé dans 26m2, mais avec des murs périphériques durs.

Depuis plusieurs mois, je ruminais des travaux.

Le but du jeu :

  • 1)      Supprimer cet écho flotteur
  • 2)      Eliminer les ondes stationnaires.
  • 3)      Rigidifier les murs
  • 4)      Polariser la pièce en LEDE (Live End / Dead End). Ce qui signifie que le côté enceinte doit être réverbérant, le côté opposé doit être amorti.

J’ai donc attaqué le chantier, conseillé sur certains points par M. Roggero.

J’en profite pour le remercier à cette occasion.



1) Supprimer l’écho flotteur.

  • du côté enceintes, j’ai 2 baies vitrées (3 et 2m).

Un rideau de faible épaisseur ne peut rien contre ce genre de phénomène. De plus, il allait contre l’idée du concept LEDE. Il fallait donc travailler en diffraction.

J’ai choisi la solution des stores bois avec lames de 50mm. Outre l’aspect esthétique agréable, l’inclinaison des lames permet de casser l’onde sonore de manière efficace.

  • Dans la zone d’écoute, j’ai sur la droite un renfoncement où est placée la télé. Cette zone est prévue « neutre ». Mais le recoin me crée un écho.

J’ai choisi une solution diffusante / absorbante. La marque Illbruck propose une dalle de 1m2 et 65mm d’épaisseur avec surface sculptée complexe qui combine ces 2 fonctions. Sa référence est Illsonic Sonex Barrier. Elle est collée sur un support en aggloméré de 19mm, et l’ensemble est fixé contre le mur

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2 ) Eliminer les ondes stationnaires.

D’après M. Roggero, la pièce se comporte toujours comme une boite qui résonne. Les murs non parallèles améliorent le comportement, mais ne résolvent pas tout. Pour bien faire, il est nécessaire de décompresser la pièce. Pour ce faire, il est judicieux de créer des fuites acoustiques, afin que les ondes grave puissent se développer en dehors du volume délimité par les murs.

Mon mur arrière fait 4m de haut. Derrière ce mur, il y a des pièces de la maison, et ces pièces ont un plafond à 2.60m. Au-dessus c’est le grenier. J’avais donc la possibilité de faire des trous dans ce mur, et ainsi mon auditorium allait pouvoir « souffler » dans les combles…

J’ai donc fait 3 trous de 20cm x 20cm dans les briques. Ces trous sont remplis de laine de roche. Le grave peut maintenant prendre ses aises…

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3) Rigidifier les murs.

Pour l’instant, seul le mur arrière a été traité. C’était lui qui subissait le plus les assauts des boomers.

Le reste sera traité ultérieurement.

J’ai collé sur la hauteur du mur, et directement sur la face visible du Calibel, des plaques de triply de 22mm.

Ce collage permet d’alourdir la plaque de plâtre de 13mm. Pour parfaire les résultats, cet ensemble a ensuite été rendu solidaire du mur porteur. J’ai percé l’ensemble Calibel, et à l’aide de chevilles et vis de 240 x 16mm, je suis allé m’ancrer dans les briques. En serrant énergiquement les vis, le Calibel est compressé et ne peut plus vibrer. On peut taper sur le mur, c’est neutre.

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4) Polariser en LEDE.

Un excellent matériau pour cet usage, c’est la laine de roche. Il est nécessaire qu’elle reste souple. Pas question de coller des panneaux rigides sur le mur, car l’onde rebondirait dessus. L’onde doit pénétrer dans le matelas fibreux et s’y perdre progressivement. Ce qu’il faut, c’est en mettre une bonne épaisseur pour que le traitement soit efficace.

Je suis parti sur une épaisseur de traitement de 28cm. J‘ai trouvé des panneaux de 10cm d’épaisseur conservant une bonne souplesse au toucher. Je les ai découpés et posés à plat les uns sur les autres, jusqu’en haut du mur. Une structure en bois permet de maintenir l’ensemble en place.

Pour assurer une finition visuelle parfaite, je me suis équipé chez Texaa http://www.texaa.fr.

Ce spécialiste du traitement acoustique propose, entre autres, un matériau appelé le Vibrasto 03. C’est un tissu acoustique décoratif qui est prévu pour être tendu devant des structures amortissantes comme celle que j’ai réalisée. Ses caractéristiques techniques sont sur le site.

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J’ai profité de l’occasion pour fabriquer un meuble me permettant de ranger des CD, que j’ai intégré dans la structure. Le fond de ce meuble (le triply) est recouvert d’une plaque Illbruck, puis celle ci a été cachée par du Vibrasto 03. Les CD joueront en façade le rôle de diffuseurs.

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Maintenant, il fallait passer un cap difficile : celui du WAF (Woman Acceptance Factor). Madame m’avait prévenu : « tout ton cirque, ça a intérêt à fonctionner, sinon tu vas en entendre parler pendant un bout de temps !!! »

Je dois bien avouer que les 1eres écoutes n’ont pas été enthousiasmantes, heureusement que le résultat visuel plaisait à Madame, parce que le son, ce n’était pas le choc auquel je m’attendais…

Le son est devenu plus mat. Certaines brillances parasites ont disparu. Les ondes stationnaires qui me gênaient dans le grave n’existent plus. Pendant 3 jours, j’ai écouté et bougé légèrement mes enceintes. Mais le résultat global me semblait mort, sans vie. J’en étais à me demander si j’avais réellement progressé. J’ai alors même envisagé de virer tout le système pour placer un billard à la place…

On dit que la nuit porte conseil; Ce fut le cas.

Et si le comportement de la pièce avait été bouleversé par ces travaux ? En y réfléchissant, mes réglages (position enceintes, supports) étaient globalement ceux de mon ancienne pièce. Et donc, ceux ci étaient censés compenser une salle perfectible…

Il fallait peut être tout reprendre à zéro !!!!!!?????

Séance réglage dès le lendemain matin : on vire tous les supports, on recherche les bonnes positions d’enceintes. 5 heures plus tard, les enceintes sont avancées de plus de 1m par rapport à l’ancienne position. Les distances latérales sont aussi modifiées. Des cônes, des supports ont été déplacés.

Mon système est métamorphosé. Jamais il n’a fonctionné comme ça !!!

Une scène sonore haute, large et profonde : les interprètes sont devant moi.

Lorsque j’étais passé chez M. Roggero l’été dernier, j’avais été impressionné par un disque d’orgue qu’il m’avait passé (Les 4 Toccatas & Fugues de Johann S. Bach par André Isoir). Je retrouve les mêmes sensations d‘espace qui m’avaient tant bluffé chez lui… Depuis des mois, je cours aussi désespérément après le grave qui cogne. Ca y est, il est là…

Et la musique s’est enfin installée !!!


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Voilà pour la 1ère partie du chantier, finalisée en Avril 2004.

Le bilan :

Les traitements n’ont pas été vains, ce qui a été fait fonctionne positivement.

Lorsque l’on modifie une pièce dans son comportement acoustique, il est nécessaire de revoir tous ses réglages, ce qui est normal : les réglages antérieurs compensant aussi la pièce…

Je vais donc continuer les traitements lourds.

Au programme :

  • Réalisations de dièdres latéraux polarisants (traitements des réflexions primaires).
  • Rigidification de certaines surfaces latérales.
  • Suppression des 2 angles à 90° derrière les enceintes (réalisation d’une structure en multipli de hêtre de 40mm inclinée à 45°). Cet angle plus doux devrait permettre aux ondes graves de « glisser » en douceur, les angles étant généralement source de colorations néfastes. Ce cassage d’angle, outre la rigidification de paroi qu’il va apporter, va permettre de créer un volume de 600 litres . Celui ci pourra éventuellement évoluer par la suite en voie d’extrême grave.
  • Quelques rétros éclairages pour parfaire le look de la pièce.

A suivre…

Stéphane